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Croisière couvert de sparadraps

Après un hiver pluvieux à Venise, nous retrouvons le bateau avec un dégradé de couleurs partant du marron, jaune, vert et gris, transformant le bateau en bateau de clodo. Nous pensions retrouver un bateau nickel après le passage de Quentin qui a passé plusieurs jours à retaper le bateau, refaire le coppercoat, changer le câble de retenue des flotteurs, etc.
Après un grand coup de propre, on part avec le frigo bien rempli du Coop de l’avenue de Garibaldi à Venise chercher Vincent S. au vaporetto Ospedale pour un restaurant bien sympathique donnant sur la place Campo de Santi Giovanni Paolo.


Le soleil est au rendez-vous avec une température agréable pour notre 4ème traversée de l’Adriatique. On hisse les voiles, une fois en pleine mer on surveille les cargos qui passent au large. Les vagues courtes me donnent le mal de mer. Je n’étais pas bien.
Tout d’un coup, à environ 20 mn de Venise, le bateau s’arrête net avec grand fracas! Un gros tuyau métallique à la verticale, cassé à un mètre de la surface de l’eau s’était faufilé entre le flotteur et la coque centrale, le barbeur et du Waterstay, tout en épluchant avec vacarme la surface du flotteur ou en passant du côté coque, perçant au passage la coque où se trouvent les équipets. Nous étions coincés, pris au piège par ce monstre.

Comme nous étions à la voile, le bateau avançait et pour se désengager, il fallait reculer, ce qui a pris un peu de temps. Nous avons fini par réussir à reculer tant bien que mal et avec quelques dégâts supplémentaires. Au passage je m’étais bien coupé le doigt en voulant essayer d’éloigner le bateau de ce tuyau, ce qu’il ne fallait surtout pas faire, la blessure aurait pu être catastrophique. Il y avait du sang partout. Nous étions rentrés dans les restes d’une station météorologique, Meda Abate. Elle est bien marquée sur la carte, mais en pleine mer nous n’avons pas imaginé qu’il fallait zoomer pour éventuellement tomber sur cet obstacle non balisé.


J’ai eu à ce moment là, un gros sentiment de solitude, sachant que nous étions trop loin pour être aidés et ma grande inquiétude était qu’il y aie des infiltrations d’eau dans la coque centrale.


Finalement, nous avons réussi à atteindre Rovinj au moteur, sans problème et bien soulagés. On mouille à l’extérieur du port. Le lendemain, on fait le point. On passe des coups de fil pour savoir ce qu’il faut faire. Reboucher les trous avec du mastique epoxy ou mettre des sparadraps étanches et réparer plus tard par un professionnel.


À Rovinj, on découvre qu’il y a des touristes, mais pas de magasins marins. Nous prenons le bateau pour Pula, où le skipper allait trouver un magasin pour une réparation des fortunes.

Le soir la ville est en ébullition pour le match à 22h de la coupe du monde UK vs Croatie. Le t-shirt aux couleurs du drapeau croate rouge et blanc était de bon ton. Un écran géant avait été installé sur une place entourée de vieux bâtiments et de cafétérias remplies de supporters croates. Nous les vieux, sommes partis nous coucher dans notre petit logis, les émotions nous avaient épuisés. Nous avons entendu deux séries de coups de klaxons, mais rien après… nous avons compris que le match était perdu pour eux.
On repart, avec les coques couvertes de sparadraps gris argentés et mon doigt bien emballé dans du sparadraps couleur chair, cap vers la côte est de l’Istrie. Nous y découvrons une multitude de caravanes et de tentes installées à raz de l’eau gâchant le charme des belles pinèdes le long de la côte. On mouille un peu plus loin sur une île inhabitée. Le lendemain, retour à Pula pour déposer Vincent qui reprend l’avion de retour.