L’astuce de Sigurd I

Ensuite, le roi Sigurd I poursuivit son voyage et arriva à Norfasund. Et dans le détroit, il rencontra une large force viking, à laquelle le roi livra bataille. Et ce fut son cinquième engagement contre les païens depuis qu’il avait quitté la Norvège. Il remporta la victoire à nouveau. Ainsi en parla Haldor Skvaldre :

« Tu inondas ton épée sèche avec du sang,

Tandis que tu passais à travers Norfasund.

Les corneilles hurlantes eurent droit au festin,

Tandis que tu faisais voile vers l’orient« .

Le roi Sigurd navigua alors vers l’est le long des côtes du Serkland, et arriva à une île nommée Formentera. Là se trouvaient nombre de mores païens ayant établi leurs logis dans une caverne, et qui avaient construit devant sa bouche un solide mur de pierres. Ils harcelaient le pays tout autour, et ramenaient leur butin à la grotte.

Sigurd atterrit sur cette île, et se rendit à la caverne. Mais elle se trouvait dans un précipice, et un haut chemin tortueux menait au rempart de pierre, et le précipice donnait par dessus. Les païens défendirent le mur de roc, sans être effrayés par les armes des norvégiens. Car ils pouvaient leur lancer des cailloux, ou frapper les hommes du nord sous leurs pieds, tandis que les norvégiens, dans les mêmes circonstances, ne pouvaient oser monter. Les païens prirent leurs vêtements et autres biens de valeur, les étalèrent devant les hommes du nord, crièrent et les défièrent, et les traitèrent de couards. Alors Sigurd mit un plan au point. Il fit monter deux bateaux des navires, nommés barques, en haut du précipice, juste au-dessus de l’entrée de la grotte, et fit attacher de solides cordages autour de la proue, de la poupe et de la coque de chacun. Dans ces barques prirent place autant d’hommes qu’il se put, et les bateaus furent descendus avec les cordes en face de la bouche de la caverne. Et les hommes dans les barques tirèrent vers la caverne avec des pierres et autres missiles, et les païens furent ainsi écartés de la muraille de pierre. Alors Sigurd et ses troupes escaladèrent le précipice jusqu’au pied du mur de pierre, qu’ils parvinrent à écrouler, et purent ainsi pénétrer dans la grotte. Alors les barbares s’enfuirent derrière le rempart qui avait été érigé en travers de la caverne. Alors le roi ordonna que de grands arbres soient amenés à la caverne, en fit faire un grand tas à l’entrée, et y fit mettre le feu. Lorsque le feu et la fumée se furent bien développés, quelques-uns des païens moururent, et d’autres s’enfuirent. Certains tombèrent aux mains des Norvégiens, une partie d’entre eux fut tuée, l’autre brûlée. Et les hommes du nord s’emparèrent du plus gros butin qu’ils trouvèrent au cours de toutes leurs expéditions.

Ainsi en parla Haldor Skvaldre :

« Formentera se retrouva

Sur le chemin du victorieux.

Les mâts de ses bateaux volaient

Vers une éclatante victoire.

Là-bas les hommes bleus

Durent endurer le feu,

Et l’acier norvégien

Que sentirent leurs cœurs. »

Et aussi :

« C’était un exploit de renom,

Cette chaloupe descendue

Avec un équipage brave,

Devant l’entrée de la caverne.

Et pendant que les rocs roulaient,

Et que les compagnons grimpaient,

Les hommes du nord avancèrent

Et les hommes bleus furent occis. »

De même, Thorarin Stutfeld dit :

« Les hommes du roi le long du flanc des montagnes

Tractèrent deux bateaux des vagues de la mer,

Deux bateaux qui semblaient des loups gris des collines.

Maintenant ils balancent au-dessus des rochers,

Emplis d’hommes, à de longues cordes attachés,

Pour apporter la mort aux brigands païens bleus.

Ils pendent à l’entrée de l’abri des voleurs. »